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MIRACLES QUOTIDIENS
Ha El Ha Gadol, Ha Guibor et Ha Nora.
Rabbi Yehoshoua béni Lévi dit : Pourquoi a-t-on désigné de ce nom les " membres de la grande assemblée " ? Parce qu'ils ont rendu son éclat premier à la couronne divine. En effet, Moïse avait commencé par proclamer pour glorifier l'Eternel " Dieu grand puissant et redoutable " Le Prophète Jérémie voyant les paiens dansant de triomphe dans le Temple de Jérusalem et le traitant avec mépris, en fut indiqué " où est la fureur que D.ieu répand sur ses ennemis ? Et il supprima le mot Nora.
Plus tard, Daniel voyant comment les paiens traitaient les enfants d'Israêl se demanda : Où est la puissance divine ? Et il supprima le terme Guibor.
Vinrent enfin les membres de la Grande Assemblée, qui furent les auteurs de la prière, le Chemoné Essré, et déclarèrent : " bien au contraire, c'est justement à cause de tous les évènements qui se déroulent sous ses yeux, il maitrise malgré tout sa colère et se montre longanime envers les méchants que l'Eternel mérite les qualificatif de grand, de puissant et de redoutable - Car si l'Eternel s'était manifesté en fonction des actions des paiens, ils auraient tous été exterminés (yoma 69 b).
Il est certain que Jérémie et Daniel étaient convaincus que D.ieu était puissant et redoutable, mais du fait des circonstance de la vie qu'Israël connaissait à cette époque, il leur paraissait indécent de proclamer la gloire divine pendant que les enfants d'Israël étaient méprisés, persécutés, maltraités.
Proclamer une vérité qui est contredite par la réalité peut être ressentie comme un mensonge.
Une vérité non exprimée avec conviction équivaut parfois à proférer un mensonge.
Quant vinrent les membres de la grande Assemblée et qu'ils reconnurent la puissance et la grandeur divine même dans des situations difficiles pour le peuple d'Israël comme au temps de la Galouth, ils proclamèrent " C'est là le signe de sa puissance, de ses prodiges ".
De là, nous voyons - comme l'explique Rav J. Kameister dans son ouvrage Birkath Peretz - que la structure et le style de la prière ont été fixés selon notre compréhension, selon ce que notre esprit peut saisir des évènements. C'est ce que nous exprimons d'ailleurs dans le Modiine - nous te sommes reconnaissants pour les miracles et les prodiges que tu accomplis en notre faveur à tout moment, chaque matin, chaque après-midi, chaque soir.
LE MIRACLE
Qu'appelle-t-on " miracle " ?
Nos Sages disent que tout est miracle et ils sont dans la vérité la plus absolue. Considérons les objets qui peuplent notre monde, ils pourraient être classés en " naturels " et " artificiels ".
A la première catégorie appartiennent les montagnes, les arbres, les pierres etc ... A la seconde catégorie appartiennent tous les objets fabriqués qui répondent à trous critères. Un projet, la régularité, la répétition. En effet, tout objet fabriqué sert à quelque chose, il ,présente un aspect régulier d'une certaine matière, et il peut être reproduit à plusieurs exemplaires. Ceci est une approche, pour nous terriens, habitués à cette classification.
Supposons que des extraterrestres débarquent sur la terre. S'ils adoptent les mêmes critères que nous, que diraient-ils d'une niche d'abeilles sauvages ? Ils y troouveraient tous les critères d'une origine artificielle, d'un objet fabriqué : structures géométriques simples et répétitives. Si la machine programmée de ces extraterrestres examine les abeilles elles-mêmes, elle ne pourra y voir que des objets artificiels, hautement élaborés avec des élèments évidents de symétrie simple, bilatérale et translationelle. Sur la base des documents obtenus, ces martiens pourraient faire leur rapport que, sur la terre il existe une activité délibérée, constructrice et de l'ordre le plus raffiné.
Le miracle procède de la même réflexion. Certains scientifiques vous dirons que le miracle n'existe pas. Tous les phénomènes peuvent s'expliquer. Ce que lepeuple appelle miracle appartient à la catégorie des phénomènes dont l'explication n'est pas immédiate, évidente ou qui nécessite la compulsion de principes hautement élaborés.
Nos Sages procèdent avec la même approche, mais arrivent à la conclusion inverse. Tout est miracle. Le moindre phénomène de la nature n'a rien de naturel : la naissance d'un enfant, d'un animal, d'un insecte, l'éclosion d'une fleur, la hauteur d'une montagne .... sont tous des miracles.
Le caractère répétitif d'une chose n'élimine pas son caractère miraculeux.>
Les dix plaies, le passage de la mer Rouge, sont des miracles cités par la Bible, même si certains scientifiques leur donnent des explication rationnelles répondant aux normes des phénomènes dits " naturels ". Le fait qu'ils se soient produits à un moment précis de l'histoire, qu'ils aient été " ordonnés ", leur confère déjà leur caractère miraculeux.
La tradition juive parlant de certains miracles, insiste sur le caractère programmé depuis la création du monde. L'Eternel n'aime pas déranger l'ordre qu'il a mis dans la nature, aussi dès le Vendredi soir de la création, avant l'entrée du Chabbath, D.ieu créa la bouche de l'ânesse de Bilam qui s'est mise à parler au temps de Moïse, ou la bouche de la terre qui s'est entr'ouverte pour recueillir le corps de Qorah et de ses adeptes, ou encore la manne, cette graine qui mourrira les enfants d'Israël dans le désert durant quarante ans etc...
On parle de miracle lorsqu'un couple ayant espéré pendant quelques décennies un enfant, accueille un héritier après avoir reçu une bénédiction de tel saint-homme, on parle de miracle lorsque la suite d'un accident mortel , l'une des personnes a eu la vie sauve contre toute logique etc ...
Les miracles ne manquent pas pour celui qui sait les voir. La miraculogie qui est une science qui nécessite beaucoup de clairvoyance et de foi en D.ieu. Bien des gens passent à côté de miracles sans les voir. Comme le signale le Psalmiste : " ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent pas "
MIRACLES CACHES ET MIRACLES VISIBLES
On pourrait désigner par miracles cachés tous les phénomènes de la nature à caractère répétitif. Nos Sages vont jusqu'à affirmer : " Il n'existe pas un seul brin d'herbe qui ne soit pris en charge par un ange responsable de son épanouissement, un ange qui le frappe en lui donnant l'odre de grandir ".
La " nature " est une suite de miracles issus de miracles.
La vie quotidienne de l'homme, ses échecs, ses réussites sont une suite de miracles, c'est à dire de décisions divines particulières le concernant. Nos Sages résument cette situation en disant : " L'homme ne bouge pas son peti_t doigt ici bas, si celà n'a pas été décidé d'en haut ".
Aussi doit-on remercier constamment l'Eternel pour tout ce qui nous arrive, même pour les incidents désagréables. De D.ieu ne peut venir que le bien, c'est pourquoi la Halakha a fixé la Loi suivante : " L'homme est tenu de rendre grâce à D.ieu pour le mal comme pour le bien. Kol ma De'avid Rahama letov : " Tout ce que D.ieu fait est pour le bien ".
On appelle miracles visibles ceux qui sont spectaculaires ou bien ceux que nous ne pouvons pas faire dépendre de causes naturelles. Mais même ces miracles exceptionnels ne sont pas suffisants pour éveiller la foi de celui qui ne veut pas voir.
Combien d'Hébreux sont-ils sortis d'Egypte. Nos Sages affirment : seulement un cinquième, les quatre cinquièmes ont été engloutis en Egypte et pourtant ils ont assisté à tant de miracles.
UNE HISTOIRE D'OURS
Pour illustrer le problème du miracle, le Rav Y. Kanievski rapporte l'histoire illustrée dans la Guemara Sota 47 a - à propos des enfants tués par des ours.
Lorsque le Prophète Elisha (Elisée) assista à la montée au ciel de son Maitre le Prophète Elie il se trouva désormais livré à lui-même. Il prit le manteau abandonné par le prophète Elie et en frappa les eaux du Jourdain qui s'entr'ouvrirent pour lui laisser le passage à pied sec. Les gens de Jéricho reconnurent en lui le successeur du prophète Elie et l'invitèrent à intervenie en leur faveur : " Le séjour dans cette ville est agréable, mais l'eau y est malsaine et le sol meurtrier " Elisée répondit : " Apportez moi une cruche neuve , pleine de sel ". Il alla vers la source d'où venait l'eau et y versa le sel en disant : telle est la parole de l'Eternel, je vais rendre ces eaux salubres, elles ne causeront plus ni mort, ni ravages ". Or, en quittant la ville, de jeunes garçons l'insultèrent en ces termes : " Monte, chauve, monte chauve. Il se retourna pour les voir, aussitôt deux ours sortirent de la forêt et mirent en pièce 42 de ces jeunes " (II Rois 2).
Dans la Guemara une discussion à ce propos oppose Rav et Chmouel. Rav dit : " il y avait eu un miracle " et Chmouel dit : Il y a eu un miracle du milieu d'un miracle " En effet, le texte par le d'ours et de forêts. Or, d'après Rav, la forêt était bien là, mais il n'y avait pas d'ours, un miracle se produisit et un ours fut crée pour punir les jeunes gens. Pour Chmouel, il n'y avait pas de forêt et encore moins d'ours - il a fallu créer les deux. Pour quelle raison était-il nécessaire de créer une forêt, les ours auraient été suffisants. En fait les ours ne deviennent agressifs que lorsqu'ils ont une retraite possible, sinon, ils ont peur des hommes. C'est pourquoi il a fallu également créer une forêt, donc un miracle au milieu d'un autre miracle.
En général les choses se passent ainsi, dans le monde où le miracle est monnaie courante, mais où il n'est pas ressenti comme tel parce qu'il est caché par un autre miracle, celui qui se produit exceptionnellement. Le fait que les hommes reconnaissent dans tel phénomène un miracle visible, cela rend invisible le miracle habituel.
Pourquoi les jeunes gens ont-ils insulté le prophète Elisée ? Parce qu'il a crée un procédé d'adoucissement des eaux et de ce fait le prophète les a privés de leur gagne pain. La faute des jeunes gens n'est pas tellement d'avoir insulté un Saint homme que d'avoir manqué totalement de confiance en D.ieu. Ne savaient-ils pas que la main de D.ieu ne connait pas de limite et que D.ieu dispose de mille moyens pour assurer la nourriture à tout homme ?
Ces jeunes gens comptaient sur leur commerce de l'eau pour vivre ; en assistant au miracle d'Elisée, ils auraient dû comprendre que privés de cette source de bénédictions, D.ieu leur assurerait un autre moyen de subsistance.
Le budget de chaque homme n'est-il pas fixé à Roch Hachana, pourquoi l'homme se ferait-il du souci puisque tout dépend de cette décision divine, le premier jour de l'an ! Ceux qui tremblent pour leur gagne pain au fur et à mesure des fluctuations de leurs affaires, ne traduisent en réalité qu'un manque de confiance en Hachem dont tout dépend.
Si le miracle n'est pas toujours apparent, c'est uniquement pour préserver le libre arbitre de l'homme. La présence du miracle visible de manière constante aurait été une gène pour l'homme, pour sa liberté, pour sa recherche spirituelle, pour son élèvation.
C'est pourquoi D.ieu cache les miracles quotidiens par d'autres miracles exceptionnels. Comme dans notre histoire, D.ieu a crée de toute pièce une forêt qui était inexistante à cet endroit pour permettre à des ours, qui n'existaient pas plus, de sortir de la forêt et tailler en pièce les jeunes gens qui avaient insulté le saint homme.
Le libre arbitre de l'homme ne peut s'exercer que dans la mesure où il peut faire dépendre les évènements de causes naturelles et accorder du mérite à celui qui est capable de découvrir la grandeur de D.ieu au travers de ces phénomènes.
C'est pourquoi Rabbi Yehochoua insiste sur le mérite des hommes de la grande assemblée car ils ont été capables de déceler la grandeur divine même au milieu de circonstances et d'évènements contredisant ces qualificatifs de D.ieu - " D.ieu grand , puissant et redoutable ".
En conclusion, nos Sages cherchent à encourager l'homme dans sa recherche. Il ne faut pas se fier aux apparences, à " ce monde du mensonge ". Dans lequel tout phénomène concourt à cacher la grandeur divine. Bien au contraire, animé d'un foi sans faille en la Providence divine, doit balayer les causes intermédiaires, pour s'attacher à la cause première et découvrir " la main de D.ieu " à travers tout évènement historique et tout phénomène de la nature.
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